Rev. Sc. ph. th. 2014-3

RSPT 2014-3

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Argument

   Thomas d’Aquin fut prédicateur à double titre : comme frère prêcheur et comme maître à l’Université de Paris. Cependant, à la différence d’autres auteurs du Moyen Âge, il n’a pas constitué de recueil de sa prédication. Dispersés dans divers manuscrits, ses sermons ont été patiemment identifiés et recueillis par le père Louis Jacques Bataillon († 13 février 2009). Achevée par les soins de la Commission Léonine, l’édition critique de ce corpus paraîtra fin novembre 2013 dans le tome 44, 1 des Opera omnia (éd. Léonine).

   Issus d’une action liturgique, ces sermons portent sur les mystères centraux de la foi chrétienne. Mais ils ont aussi joué un rôle important dans les vifs débats sur la théologie de la vie religieuse et sur l’enseignement de la philosophie à la faculté des Arts, qui agitèrent l’Université de Paris durant la seconde moitié du xiiie siècle. Ils mettent ainsi en valeur le savant et le polémiste que fut Thomas d’Aquin, mais aussi le pédagogue soucieux de donner des conseils très pratiques aux étudiants.

   Pour apprécier ces textes, dont certains sont inédits, deux événements ont été prévus. D’abord, la parution, en septembre 2013, d’un numéro thématique de la Revue des Sciences philosophiques et théologiques, intitulé : « Théologie et philosophie en prédication : d’Origène à Thomas d’Aquin ». Ensuite, les 5 et 6 décembre 2013, à Paris, un colloque sur « Théologie et philosophie en prédication : de Thomas d’Aquin à Jean Calvin ». La première partie du colloque offrira une présentation détaillée du volume de l’édition Léonine ainsi qu’une analyse pluridisciplinaire du corpus des Sermons de Thomas. Dans la deuxième partie, on élargira le regard sur l’acte de prêcher, en faisant ressortir comment la profession de philosophe et de théologien fut comprise et exercée par des prédicateurs d’époques ultérieures et appartenant à d’autres sphères religieuses, confessionnelles et culturelles. Un éclairage neuf sera ainsi porté sur les contenus spéculatifs, tant philosophiques que théologiques, d’une pratique diversifiée de la prédication.

   Les interventions de la première partie du colloque seront publiées dans un volume de la « Bibliothèque thomiste » aux éditions Vrin. Celles de la deuxième partie paraîtront, en 2014, dans un numéro thématique de la Revue des Sciences philosophiques et théologiques formant diptyque avec celui de 2013.

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Programme

Jeudi 5 décembre 2013

Matin

10h00  Ruedi Imbach (Université Paris-Sorbonne) : « Prédicateur philosophe, Philosophe prédicateur »

11h00  Adriano Oliva (CNRS, LEM / Commission Léonine, Paris) : « L’édition critique des Sermons de Thomas d’Aquin par le P. L. J. Bataillon (ed. Leonina, t. 44, 1) »

11h30  Pause

11h45  Gilles Berceville (Institut Catholique de Paris / Commission Léonine, Paris) : « Les plans des Sermons de Thomas d’Aquin »

12h15  Marc Millais (Commission Léonine, Paris) : « Entre prédication et opuscula : les Collationes de Thomas d’Aquin pour le carême »

Après-midi

15h00  Timothy Bellamah (Dominican House of Studies, Washington / Commission Léonine) :  « Les citations bibliques dans les Sermons de Thomas d’Aquin »

15h30  Marta Borgo (Commission Léonine, Paris) : « Les sources théologiques dans les Sermons de Thomas d’Aquin »

16h00  Jean-Christophe de Nadaï (Commission Léonine, Paris) : « La théologie des Sermons de Thomas d’Aquin »

16h30  Pause

17h00  Iacopo Costa (CNRS, CESCM, Poitiers / Commission Léonine, Paris) : « Les sources philosophiques dans les Sermons de Thomas d’Aquin »

17h30  Olivier Boulnois (EPHE / CNRS, LEM, Paris) : « Le boxeur et la petite vieille. Le sermon Prenez-garde aux faux prophètes et les condamnations parisiennes des années 1270 »

18h00  Cocktail

Vendredi 6 décembre 2013

Matin

09h00  Loris Sturlese (Università del Salento, Lecce) : « La prédication de Maître Eckhart »

09h45  Christophe Grellard (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne) : « Le sermon comme exercice de casuistique chez Jean Gerson »

10h30 Pause

11h00  Amos Edelheit  (National University of Ireland, Maynooth) : « Philosophy and Theology in Oral Culture : Renaissance Humanists and Renaissance Scholastics »

11h45 Jean-Pierre Rothschild (EPHE / CNRS, IRHT, Paris) : « La philosophie dans les homélies juives en Espagne aux XIVe et XVe siècle et parmi les Sefarades exilés au XVIe siècle »

Après-midi

15h00  Jean-Michel Counet (Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve) : « Le sermon comme manuductio chez Nicolas de Cues »

15h45  Philippe Büttgen (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne) : « Martin Luther et l’objet de la prédication. Enquête sur le prêchable »

16h30  Pause

17h00  Barbara Hallensleben (Université de Fribourg, Suisse) : « Une théodicée prêchée. Cajetan sur la cause et l’origine du mal »

17h45  Olivier Millet (Université Paris-Sorbonne) : « Philosophes et philosophie dans la prédication de Jean Calvin »

18h30  Pasquale Porro (Université Paris-Sorbonne) : Conclusions

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Contacts :

editio@commissio-leonina.org / secretariat.rspt@gmail.com

L’édition des Sermons de Thomas d’Aquin ainsi que les autres volumes de l’édition léonine sont disponibles aux éditions du Cerf :

http://www.editionsducerf.fr

LE COLLOQUE EST OUVERT À TOUS. ENTRÉE GRATUITE SANS INSCRIPTION PRÉALABLE.

Rev. Sc. ph. th. 97 (2013) 2-3

Tome 97                                N° 2-3                            Avr.-Sept. 2013

REVUE

DES

SCIENCES PHILOSOPHIQUES

ET

THÉOLOGIQUES


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Théologie et philosophie en prédication :

d’Origène à Thomas d’Aquin

 

M. Fédou.  « Manger chaque jour les chairs de l’Agneau ». La prédication selon Origène :
p. 163 Résumé/Abstract

C. Broc-Schmezer. — Théologie et philosophie en prédication : le cas de Jean Chrysostome :
p. 187 Résumé/Abstract

A. Massie. — Recherche philosophique et humilité chrétienne dans la prédication de saint Augustin:
p. 213 Résumé/Abstract

K. Mitalaïté. — La transmission de la doctrine dans la prédication carolingienne :
p. 243 Résumé/Abstract

C. Giraud. — Haec vera philosophia. Notes sur les sermons Qui habitat de Bernard de Clairvaux :
p. 277 Résumé/Abstract

F. Siri. — Et natura mediocritatis est amica. Empreintes philosophiques sur la prédication d’Alain de Lille : p. 299 Résumé/Abstract

F. Morenzoni. — De la probatio à la declaratio : réflexion doctrinale et prédication dans l’œuvre de Guillaume d’Auvergne : p. 345 Résumé/Abstract

R. Imbach. — Non diligas  meretricem  et dimittas sponsam tuam. Aspects philosophiques des Conférences sur les six jours de la création de Bonaventure : p. 367 Résumé/Abstract

A. Oliva. — Philosophie et théologie en prédication chez Thomas d’Aquin : p. 387 Résumé/Abstract

 

Singulier universel !

Après le beau numéro spécial 2011-2, Lire le Monde au Moyen Âge. Signe, symbole et corporéité (voir le sommaire dans numéros parus), la RSPT a retrouvé sa couverture ordinaire, mais pour un numéro 2011-3 qui, lui, n’a rien d’ordinaire!

L’histoire de l’exégèse est le trait commun des deux premiers articles, qui portent cependant sur des sphères religieuses et des ères temporelles différentes : Dan Arbib expose avec précision l’évolution de la position rabbinique face au phénomène de traduction de la Bible hébraïque (« Exégèse et traduction dans le judaïsme rabbinique »), tandis que Gilbert Dahan, en hommage au Père Bataillon, o.p. († 2009), explore la complexité des rapports entre « Exégèse et prédication au Moyen Âge », en profond connaisseur et spécialiste hors pair qu’il est de cette question.

Le dossier qui s’ouvre ensuite aborde une thématique qui fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches et discussions : Singulier – Pluriel – Universel. L’originalité de ce dossier est de réunir et de faire converser, conformément au titre et à la vocation de notre revue, des contributions d’ordre philosophique et des contributions d’ordre théologique. Françoise Dastur, dans un article inaugural et magistral, « L’universel et le singulier », montre de quelle manière les penseurs de l’existence, Kierkegaard puis Heidegger, ont su, non plus opposer, mais lier la notion d’universalité à celle de singularité. Elle réexamine à cette lumière l’apparition de l’universel, non seulement dans la pensée grecque, mais aussi, de façon plus inattendue, dans le monothéisme juif et dans le mazdéisme. Pascal Marin, à partir d’une question lapidaire : « Un récit de vie peut-il être vrai ? Éléments de critique du témoignage », étudie très concrètement comment ce rapport du singulier et de l’universel se joue dans le témoignage, qu’il propose de distinguer phénoménologiquement du simple récit de vie. Bernard Quelquejeu, se livrant à une fine analyse de philosophie morale et politique (« De quelle universalité les droits de l’homme relèvent-ils? »), répond aux diverses et récurrentes mises en cause de la prétention à l’universalité des droits de l’homme, sans se contenter des répliques habituelles dont il critique les insuffisances conceptuelles, mais par un examen rigoureux du statut logico-grammatical de cet universel très singulier convoqué et mis en œuvre par les droits de l’homme. Avec l’article de Maxime Allard, « De la singularisation de l’existence éthique chez Thomas d’Aquin », on passe à l’analyse d’un corpus théologique, la Secunda Pars de la Somme de théologie, avec ses prologues et ses questions consacrées à la béatitude, aux passions, vertus, vices, lois, offices, états de vie ou à l’entrée en religion, mais au moyen d’outils philosophiques contemporains (empruntés notamment à J.-L. Nancy) qui permettent de lire ces textes de la tradition tout autrement que selon l’ordinaire conception « humaniste » et « personnaliste » ici récusée. Emmanuel Durand, enfin, se saisit de la question depuis son champ propre de recherche en théologie dogmatique, mais, là encore, dans un dialogue aussi discret que constant avec des philosophes de notre temps (A. Badiou, P. Magnard, R. Esposito, F. Jullien). Son bel article conclusif, « La réconciliation des identités hostiles par l’universalité de la grâce filiale », propose, à travers une relecture de la théologie paulinienne du corps ecclésial du Christ, une dialectique féconde entre l’universalité de la condition filiale et l’assomption des identités particulières.

Deux bulletins de haute qualité viennent couronner le numéro : le « Bulletin d’histoire des ésotérismes » de Jérôme Rousse-Lacordaire, bulletin dont on sait combien il est apprécié, reconnu et attendu des spécialistes, et un « Bulletin de théologie dogmatique » par Emmanuel Durand qui, avec cette deuxième livraison, reprend et porte haut le flambeau d’une tradition illustre de la revue, dans le droit fil de sa mission.

Il ne vous restera plus qu’à vous plonger dans la Recension des revues, puis à compulser les Notices bibliographiques et vous aurez achevé les 240 pages de ce passionnant fascicule : bonne lecture !

Camille de Belloy, o.p., Directeur